Le blog avranches.infos est de retour.

Un petit break estival était bien nécessaire après un 1er semestre bien chargé, élections présidentielles et législatives obligent. Pas loin de 200 billets (197 exactement) ont été écrits en l'espace de quelques mois sur le blog legislativesud50.canalblog.com, dont j'ai essayé modestement de présenter l'actualité politique et électorale sur la 2e circonscription Avranches-Mortain.

avranches.infos revient donc ...
... plus en accord avec le sous-titre "l'actualité politique, économique, culturelle et insolite sur Avranches et ses environs" que l'impression donnée de n'évoquer que des sujets à caractère culturel.
Sur le fond, ce n'était pas entièrement faux.
La place faite aux festivals et animations culturelles primait souvent sur le reste. Encore que l'aspect politique était traité sur le deuxième blog précité, maintenant en hibernation jusqu'aux prochaines échéances présidentielles et législatives de 2012.

Quelques sujets sont actuellement en cours de réflexion : la question des OGM, les premiers (é)mois de notre nouveau député au Palais Bourbon, la saison (f)estivale, les prochaines élections cantonales à Avranches, ...
Ces sujets aboutiront-ils sur l'écran de votre ordinateur, je ne peux le garantir.
En attendant, il y a un point que je souhaiterai aborder qui sera sans incidence sur la suite des évènements puisqu'il vient d'être abandonné : le Centre Educatif Fermé de Saint Pois.

Il n'est pas inutile de rappeler l'origine et la fonction du CEF avant d'aborder la problématique sur le canton de St Pois.
Créés en 2002 par Dominique Perben, alors ministre de la Justice, les centres éducatifs fermés s'adressent aux mineurs multirécidivistes ou multiréitérants qui font l'objet d'une mesure de contrôle judiciaire ou de sursis avec mise à l'épreuve. Ils constituent une alternative à l'incarcération et viennent toujours après l'échec de mesures éducatives. Le terme "fermé" renvoie à la fermeture juridique définissant le placement, c'est-à-dire que tout manquement grave au réglement du centre est susceptible d'entraîner une détention. (définition INSEE)

En résumé, le CEF vise donc à réinsérer des jeunes en très grande difficulté dans un établissement spécialisé afin de favoriser leur resocialisation. En l'absence de structure idoine, l'incarcération de ces jeunes en établissement pénitentier est a priori la seule alternative.

En France, 46 centres doivent être construits d'ici 2008. Dans la Manche, le canton de Saint-Pois était pressenti pour accueillir un CEF afin de recevoir une dizaine de mineurs dont une majorité de jeunes du département.
Le projet de CET était défendu par le maire de la commune de Lingeard et conseiller général du canton de St-Pois Gérard Chénel et des élus du canton au grand dam d'une partie de la population locale hostile à cette structure.

Pour les initiateurs du projet, l'objectif du CEF visait à répondre d'une part à la réinsertion des jeunes en très grande difficultés et d'autre part à redynamiser le canton grâce aux emplois (éducateurs, personnel administratif) et aux dépenses induits par la création du CEF; ce dernier pouvant être un poumon d'oxygène pour l'économie locale et permettre la pérennité des services publics comme les écoles.

Pour les opposants constitués en association "vivre à la campagne", l'accent est mis sur les troubles et les inquiétudes que vont créer ce CEF dans le quotidien des riverains.
Ils prennent l'exemple de quelques disfonctionnements constatés dans le récent CEF de Sainte Gauburge (Orne) où des fugues d'adolescents auraient eu lieu.
Par ailleurs, les habitants craignent que la présence de ce CEF diminue la valeur de leur patrimoine bâti. Une pétition aurait circulé pour s'opposer au projet.

On constate que deux logiques s'opposent.
L'une collective et solidaire défendue par les élus locaux qui vise à aider les jeunes en grande détresse "à s'en sortir", à leur donner une chance de se réinsérer dans la société; évitant ainsi un gâchis humain (désocialibilisation > délinquance > incarcération) et un préjudice moral et financier pour la collectivité. Localement ce CEF contribue à développer économiquement le canton dans une région relativement sinistrée.

L'autre individualiste soutenue les opposants où l'intérêt particulier prime sur l'intérêt général à grand renfort de contre-vérités.  Les difficultés, de jeunesse, rencontrées par le CEF de Ste Gauburge ne doit pas masquer que la majorité d'entre-eux fonctionne dans de très bonnes conditions et que globalement les résultats sont plus que satisfaisants : le taux de récidive des mineurs quittant ces centres serait inférieur à 50%. A lire sur ce sujet l'excellent article paru dans le quotidien la Croix daté du 20 novembre 2006.
Ces opposants oublient peut-être qu'ils ne sont pas eux-même à l'abri d'un problème de délinquance juvénile dans leur propre famille ou leur entourage. C'est comme pour les maladies ou les désastres, cela n'arrive pas toujours qu'aux autres.
Et dans le cas d'espèce, les familles préfèreront toujours le CEF qu'une incarcération en maison d'arrêt dont chacun connaît la dimension hautement criminogène de ces lieux de détention (surtout pour les jeunes) et le taux élévé de récidive lors de sortie de prison.
Je ne parle pas du rejet du CEF pour des considérations bassement matérielles (perte de valeur des maisons).
Dans un territoire où la religion occupe une place encore importante, on peut s'interroger si la charité et la solidarité chrétiennes sur ce canton ne se sont pas seulement de vain mots ...

Il est possible, au corps défendant des opposants, que le projet ait été à l'origine mal communiqué à la population (cf. les dires de Casimir Lechevalier, maire de St Pois au cours d'une réunion PS durant les élections législatives le jeudi 10 mai 2007 dernier).
La communication sur un sujet aussi sensible n'est jamais facile. A quel moment faut-il informer, comment?

Les élus n'ont vraisemblablement pas su présenter en heure et en temps le projet. Et une poignée d'opposants a réussi à semer le doute au sein de la population sur la base de contre-vérités et à retourner le projet.
Les efforts d'explications de Gérard Chénel n'auront pas suffit à rétablir la vérité et la confiance, et à faire accepter ce CEF. Le projet a donc été abandonné par ses promoteurs à la mi-juillet.

Dommage pour ces jeunes et pour la revitalisation du territoire ...


Le canton de Saint-Pois renouvelera l'année prochaine son conseiller-général. Il semble quasi certain que l'actuel élu départemental Gérard Chénel ne se représentera pas pour un troisième mandat.
On entend par-ci et par-là qu'un candidat malheureux aux dernières élections législatives pourrait se présenter sur ce canton.
Info, intox.  Si vous avez des infos à ce sujet, merci de poster sous l'article ou de m'adresse un courriel à l'adresse du blog  avranches.infos@free.fr