semaine_d_veloppt_durableLa 6ème semaine du développement durable a débuté hier.
La Commission Mondiale sur l'Environnement et le Développement a défini en 1987 le développement durable comme « un développement qui répond aux besoins des générations du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs.»
De nombreuses animations seront organisées à travers le territoire.
Le programme des manifestations peut être consulté sur le site internet de la semaine du développement durable.
Dans le sud-Manche, seul le lycée agricole de Saint-Hilaire-du Harcouët est participante à travers différentes animations et interventions.

Cette manifestation coïncide cette semaine avec la discussion au Parlement d'un des sujets de société le plus controversé : les Organismes Génériquement Modifiés.

Hier les députés de l'Assemblée Nationale ont commencé l'examen du projet de loi sur les OGM.
Un texte a double détente. Il faut, d'un coté, de transcrire une directive européenne permettant la coexistence des cultures OGM et non OGM (sous peine d'amende de 42 millions d'euros infligée par la Commission Européenne) et de l'autre tenir compte des conclusions du Grenelle de l'environnement, qui s'est déroulée fin 2007, très opposées aux OGM.
Et pour compliquer les choses, le Sénat en février, a largement modifié en première lecture le projet de loi de Jean-Louis Borloo, ministre de l'Ecologie, de l'Energie, du Développement Durable et de l'Aménagement du Territoire, dans un sens favorable aux cultures OGM.

ogm_grenadeLes OGM et sa règlementation en droit français sont un sujet sensible et même explosif.
Ils divisent français et hommes politiques.
Un récent sondage de l'institut CSA réalisé à ce sujet montre qu'une large majorité de français souhaitent consommer des produits sans OGM.
La règlementation européenne, s'imposant à la France, dispose qu'un produit contenant moins de 0,9% d'OGM n'est pas OGM. Comment peut-il en être autrement?
Sauf à être végétalien et consommer des légumes de son jardin, tout ce que nous consommons contient des OGM. Il suffit de lire les étiquettes des emballages ou de savoir que les animaux destinés à la consommation humaine sont nourris de soja et autres céréales transgéniques.
Les OGM sont partout et malheureusement pour longtemps.

Je ne suis pas un expert des OGM, mais en tant que citoyen je m'interroge.

  • On nous dit que les OGM vont permettre d'atténuer la faim dans le monde en produisant des variétés plus résistantes à la chaleur, au froid, à l'humidité, ... Peut-être sauf que ces produits lorsqu'ils existeront seront  brevetabilisés, comme tout OGM.
    Il sera interdit aux agriculteurs du tiers-monde de réutiliser les semences de la récolte précédente (il est vrai souvent stérile) pour la récolte suivante comme cela se passe aujourd'hui avec les semences classiques.
    Les agriculteurs pourront-ils chaque année acheter les semences OGM?
    Le dilemme sera pour eux crucial : s'appauvrir pour produire et manger ou ne pas s'appauvrir en ne produisant et en ne mangeant pas.
    Il ne serait pas surprenant que les OGM accentuent l'exode rurale dans ces pays pauvres.
  • On nous dit que les OGM contribue au respect de l'environnement en limitant l'utilisation des produits phytosanitaires épandus sur les récoltes qui polluent sols et rivières.
    Or récemment il a été découvert un cas de résistance d'insecte à un coton OGM portant porteur d'une toxine contre ce parasite. Comment lutter contre ce parasite sinon en utilisant des insecticides. Retour à la case zéro.
  • On nous dit que les OGM sont sans danger pour la santé des êtres humains. Des scientifiques nous disent le contraire preuve à l'appui.
  • On nous dit ...

Le problème est que les OGM cultivés se disséminent partout dans la nature, et rien ne peut les arrêter.
C'est comme le nuage radioactif de Tchernobyl qui s'était arrêté comme par enchantement - nous disait-on - à la frontière française.
La prolifération non contrôlée et incontrôlable des OGM mette en péril les cultures classiques et biologiques. Ces dernières risquent d'être contaminées par des champs transgéniques voisins.
Même si le texte de loi précise que l'agriculteur pollueur est responsable et devra indemniser le préjudice de cette contamination, la victime devra le prouver par des analyses et vraisemblablement ester en justice. Ce qui représente un coût et prend du temps. De quoi baisser les bras. D'autant que le champ contaminé ne redeviendra pas "propre", bio, l'année suivante.

Le texte de loi, amendé par le Sénat plutôt favorable aux OGM, est donc présenté et discutée à l'Assemblée Nationale.
Le texte est soutenu par la majorité parlementaire, à savoir l'UMP.
Majorité parlementaire et non pas unanimité UMP.  Des voix UMP s'élèvent contre  ce projet de loi. 
Comme au Sénat avec Jean-François Legrand, à l'Assemblée Nationale un député UMP est sorti du rang.

grosdidierFrançois Grosdidier, député de la Moselle, a adressé à ses collègues députés UMP un courrier (cf. infra) les invitant à ne pas voter le texte amendé par le Sénat.
Il y dénonce « l'activisme forcené de la FNSEA et du lobby pro-OGM. »
Il précise « devant les doutes scientifiques et les enjeux éthiques, la liberté de vote s'impose. (...) La vérité est que nous avons des doutes sur l'intérêt actuel des OGM pesticides; (...) sur le contrôle de la dissimination des OGM, (...) sur les bénéfices sanitaires et environnementaux des OGM ».   
Le député de la Moselle fustige le texte modifié par le Sénat « sous l'influence des groupes voulant une mise en culture rapide et massive des OGM en France, au mépris de principes affichés. »

bizetDans le collimateur du député, le rapporteur du texte de loi au Sénat en février, le sénateur UMP de la Manche Jean Bizet et maire de la commune du Teilleul, grand défenseur des OGM au Palais du Luxembourg.

legrandSon collègue sus-mentionné, Jean-François Legrand, sénateur du même département de la Manche et du même groupe politique enfonce le clou.
Dans les colonnes du quotidien le Monde daté de ce jour, il déclare : « Certains ont fait main basse sur l'UMP afin de défendre des intérêts mercantiles, "ripolinés" pour les rendre sympathiques : on a parlé de l'avenir de la science, de celui de la recherche...
La force de frappe de Monsanto et des autres semenciers est phénoménale. Il fallait voir la violence des réactions de Bernard Accoyer (président de l'Assemblée nationale) et d'autres au lendemain de l'avis rendu par le Comité de préfiguration.
Il suffit de comparer les argumentaires des uns et des autres - identiques - pour comprendre l'origine de leur colère. Ils ont été actionnés.
J'ai été approché par Monsanto, et j'ai refusé de leur parler. Je veux rester libre.
»

Le sénateur et président du Conseil Général de la Manche Legrand connaît bien la problématique des OGM.
Il a été président du comité de préfiguration de la Haute Autorité sur les OGM. Il avait émis des "doutes sérieux" sur le MON 810, variété de maïs transgénique de Monsanto dont la culture en France est depuis suspendue.
Sa position, partagée par le député UMP François Grosdidier, a été à l'époque très contestée au sein de son parti.
Il se dit que cela lui aurait coûté un poste ministériel, maroquin qui devait lui être proposé lors du remaniement ministériel d'après élections municipales.

Le député Grosdidier est sans illusion sur les suites de ce dossier car « l'affaire a été pliée la semaine dernière à la commission des affaires écononmiques de l'Assemblée » rapporte-t-il au quotidien Libération daté du 1 avril.   
Sauf surprise, le texte pro-OGM devrait être adopté en première lecture  par la majorité parlementaire à l'Assemblée Nationale avant de reprendre la navette inverse pour une deuxième lecture au Sénat.

huetOn se demande quelle sera la position du député UMP de la 2ème circonscription de la Manche (Avranches-Mortain) Guénhaël Huet sur ce texte.
On se rappelle que l'intéressé avait reçu mi-février des militants anti-OGM à sa permanence d'Avranches.
Il leur avait déclaré qu'il était favorable « sinon à une interdiction définitive, du moins à un moratoire et à des expérimentations dans un périmètre confiné » (Ouest France du vendredi 15 février 2008).
Tout le contraire du texte de loi qui prévoit des expérimentation et des cultures de plein champ.
Avec le le slogan de campagne de Guénhaël Huet « Je dis ce que je fais et je fais ce que je dis », l'affaire semble entendue.
François Grosdidier pourra se consoler de ne pas être le seul député UMP à ne pas voter le texte.


annexes :

1 -  vidéos sur le dossier OGM : www.dailymotion.com/group/102493

2 - à voir sur la chaîne LCP (la Chaîne Parlementaire) l'émission "Les dessous de la loi" consacrée aux OGM
Reportage sur la loi sur les OGM dans le cadre du suivi du travail effectué par le Sénat, du dépôt d'un projet de loi jusqu'à son adoption définitive. Le journaliste Thomas Raguet a suivi le rapporteur sur le projet de loi sur les OGM, le sénateur UMP Jean Bizet.
prochaine diffusion : samedi 5 avril à 19h00 et dimanche 6 avril à 10h00 (sous réserve)

extrait :


le projet de loi sur les OGM en discussion au Sénat
envoyé par francois50300

3 - courrier adressé par le député UMP de la Moselle François Grodidier à ses collègues députés UMP [copie reçue de la permanence du député - MAJ vendredi 4 avril 2008]. 

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