A Avranches et dans bien d'autres villes, le commerce va et vient.
Une tendance est constatée. On trouve dans les centre-villes de plus en plus de banques et compagnies d'assurances, des opérateurs de téléphonie mobile, des enseignes franchisées de vêtements ou de produits de beauté.
Les mêmes d'une ville à une autre.
Dans quelques années on ne saura même plus dans quelle ville on se trouve tant les rues commerciales sont identiques.
A l'exemple du Royaume-Uni où l'on a l'impression de voire les mêmes zones commerçantes dans chaque ville traversée ou visitée.

Le commerce traditionnel où le commerçant est son employeur et le fondateur a du plomb dans l'aile.
Et certaines activités menacées.
A Avranches, ville hautement culturelle s'il en faut avec son musée des Manuscrits, voit ses commerces à caractère culturel disparaître.
100_8357Ainsi après le disquaire "Arts et Musique", place  St Aubert il y a quelques mois, c'est au tour de la "librairie Millepages" sise au 41 rue de la Constitution de baisser le rideau.
Une fermeture définitive programmée ce vendredi 26 avril.

Une page qui se tourne.
« La librairie existait depuis la guerre [la deuxième] » croit se souvenir Mme Denis, l'actuelle gérante de la librairie depuis le décès de M. Simiand, fondateur de la SARL "Millepages" en 1992.

A quelques jours de la fin, les rayons sont encore bien achalandées.
Même si certains espaces notamment notamment celui consacré à la jeunesse sont fermés. Naturellement plus aucune commande n'est faite depuis longtemps.
Le fonds de commerce a été racheté et c'est une franchise, une de plus, de vêtement pour homme "Jules" qui va remplacer la vénérable librairie.

La gérante et seule employée m'explique samedi dernier les raisons de la fermeture de la librairie avranchoise.
Elles sont multiples et de divers ordres. Privé et commerciaux.
Tout d'abord et sans entrer dans les détails, il existe un problème de succession suite au décès de M. Simiand.
100_8360 Ensuite la chiffre d'affaire de la librairie baisse ainsi que ses bénéfices. « les personnes achètent moins de livres ou attendent qu'ils sortent en "poche" car ils sont moins chers" précise-t-elle. Elle confirme ce que l'on entend dans les médias et que l'on constate au quotidien : « Le pouvoir d'achat baisse », « les gens sont fauchés ».
Autre explication : les achats sur internet et la concurrence des grandes surfaces qui réduisent aussi les ventes.
Autre facteur de la baisse du CA et des marges : le coût du transport. « Enorme! ».
Sur un chiffre d'affaire d'environ 540.000€ en 2007, le transport représente 19.000€. Et il ne cesse de croîte en raison de la hausse constante du prix du pétrole.
Mme Denis a calculé que le coût de transport d'un kilo de livre équivalait à un euro. Facile à se rappeler.
« Toutes ces raisons font qu'il n'est pas possible de continuer l'activité. »

100_8362Pourtant la librairie était connue. Elle rayonnait sur 40km à la ronde. Tout le sud-Manche. De Mortain à Pontorson, en passant par Villedieu.
Elle était réputée par la richesse de son fonds et le professionnalisme et la compétence de ses employés, licenciés depuis.
Mme Denis s'inquiète déjà pour la rentrée scolaire 2008-2009. La librairie drainait environ 60% des commandes. « Je me demande comment vont faire les collègues ».
A Avranches, il ne reste que la "librairie des Trois Rois"  et "la Maison de la Presse". « Pourront-ils gérer cette surcharge de travail? » Elle en doute.

Elle espère qu'une des anciennes employées arrivera à recréer une librairie en centre-ville.
« C'est un véritable parcours de combattant. (...) Les pas de portes et les loyers sont prohibitifs.
De plus il faut constituer un stock de livres; ce qui nécessite de la trésorerie.
»
Mme Denis m'informe que le fonds du "Millepage" représentait la somme coquette de 180.000€.
Une somme versée aux éditeurs avant que les ouvrages récents ou "offices" ne soient vendues ou retournées en cas de mévente. « C'est de l'argent immobilisée qu'il faut parfois emprûnter. » Elle pointe du doigt les banques, pourtant partout en ville, qu'elle estime ne pas faciliter les créations d'entreprises sauf à hypothéquer ses biens personnels ...

Mme Denis conclue l'entretien : « Si j'ai un voeu à faire, c'est que dans la cité du Manuscrit une nouvelle librairie s'installe. »
Souhaitons pour elle et pour nous, habitants de l'avranchin, que ce voeu se réalise ...


NB. La papeterie "Millepages" située à l'angle des rues St Gervais et Valhubert reste toujours ouverte, mais pour combien de temps encore ????