A l'heure du Grenelle sur l'environnement qui met l'accent sur le développement durable et la promotion des moyens de transports collectifs, la réalité localement n'est pas si simple.

Un exemple parmi d'autres : la problématique du transport ferrovière dans la Manche et au delà, dans la Basse-Normandie.

En milieu de semaine dernière, je me suis rendu à Paris dans le cadre mon activité professionnelle.
Pour des raisons écologiques et pratiques, j'ai délaissé mon véhicule pour utiliser les transports publics, à savoir le train.

Chacun sait que le transport ferrovière en Basse-Normandie et particulièrement dans le sud-Manche relève l'expédition voire du safari.

A l'heure du TGV qui circulent à plus 250 km/h, nos trains express (!) régionaux dépassent péniblement les 100 km/h.
Trois heures pour couvrir 300 km (Villedieu-les-Poëles - Paris-Montparnasse (Vaugirard)) l'équivalent en durée d'un Paris - Marseille (750 km). Plus lent tu meurs!
Coté positif de la chose, cela laisse le temps de contempler les paysages tout le long du parcours.

Il y a lieu néanmoins dans l'avenir d'avoir quelques inquiétudes.
La ligne Paris-Granville n'est pas électrifiée; il semble bien qu'elle soit l'une des seules lignes au départ de Paris.
Les trains n'étant ni à voile, ni à vapeur (bientôt peut-être), mais propulsés au diesel, il ne serait pas surprenant que le prix du billet ne soit impacté prochainement par les cours toujours plus élevés du pétrole .

Il faut dire et je le dis, les voyageurs et contribuables d'aujourd'hui paient le prix fort de l'incompétence et le manque de projection de nos dirigeants politiques en fonction pendant les années 1960 et suivantes.
C'est à cette époque que le département a accueilli à bras ouverts les installations nucléaires (centre de retraitemement et centre d'enfouissement de la Hague, centrales électro-nucléaires à Flamanville).
Il est vrai que cela a permis de donner du travail aux habitants du Nord-Cotentin (pour un certain temps) et a contribué à l'indépendance énergétique de la France.
On se demande aujourd'hui comment ces notables politiques du département, à cette époque, n'ont pas exigé de l'Etat des contreparties à ces installations dangeureuses et peu valorisantes en terme touristique,  notamment le désenclavement routier et ferrovière.

Ecomoniquement et socialement, le désenclavement du département aurait certainement permis l'installation et la création de nouvelles entreprises contribuant ainsi à contenir l'exode rural et donc à maintenir les jeunes au "pays".
Financièrement, les investissements non faits à l'époque par l'Etat (la collectivité nationale) sont réalisés et supportés aujourd'hui par les contribuables du département et de la région dans un contexte plus difficile.
Les 30 glorieuses sont loin derrières nous et la conjoncture actuelle est plus complexe et peu rassurante.

Et des investissement partiellement réalisés.
Si le réseau routier et autoroutier semble rattraper le retard, il n'en est pas de même au niveau ferrovière.
La ligne Paris-Cherbourg est dorénavant électrifiée, mais pas la ligne Paris-Granville. On peut s'interroger si elle le sera un jour.
Ces derniers jours, le gouvernement a annoncé son souhait de construire 2.000 km supplémentaires de ligne de grande vitesse dans le cadre de la loi de Grenelle sur l'environnement. Rien ne concerne la Basse-Normandie, encore moins la Manche. Cf. article du  quotidien le Parisien.

On pourra toujours se consoler : la Manche n'a pas de ligne à grande vitesse, mais elle aura la ligne très haute tension, controversée ... qui alimentera peut-être les futurs TGV.

Pour revenir à la ligne Paris-Granville. On peut affirmer qu'elle ne coûte pas très chère à la SNCF.
Les collectivités territoriales, le Conseil Régional de Basse-Normandie en tête, finance une grande partie de cette ligne dans un soucis de maintenir un service public de qualité.

Dans le contrat de plan 2007-2013 Etat, Conseil Régional et Réseau Ferré de France (propriétaire et gestionnaire des infrastructures du réseau ferré), la collectivité régionale va apporter 4 millions d'euros sur 9 dans la corbeille pour la modernisation des voies ferrées sur la ligne Paris-Granville.
Par ailleurs, le Conseil Régional contribue financièrement dans la modernisation du parc roulant (trains) et la réfection des gares.
« Sur la ligne Paris-Granville (...) nous avons mis [la Région, ndlr] depuis 1999 210 millions d'euros sur cette ligne à la fois pour rénover les voies, pour mettre du matériel neuf dessus et pour faire en sorte que cette ligne fonctionne bien ... » précise Pierre Mouraret, vice-président du Conseil Régional en charge des transports interviewé sur le plateau France 3 Basse-Normandie le 9 avril dernier (cf. vidéo ci dessous).

Autant dire que sans l'intervention de Conseil Régional de Basse-Normandie, les lignes et les trains ne seraient certainement pas ce qu'elles sont aujourd'hui (même si cela est loin d'être parfait), ressemblant plus à ce que les globe-trotteurs peuvent découvrir dans les pays du tiers-monde.

Le contrat de plan prévoit que le Conseil Régional organise les transports collectifs d'intérêt régional ferroviaires et routiers TER. La région définit la consistance des services (desserte, tarification, information), veille à la qualité du service TER et assure l'équilibre financier pour l'exploitant, la SNCF.
Ainsi si l'exploitation commerciale est déficitaire en Basse-Normandie, la SNCF est compensée par la Région. Bon deal pour la SNCF.

On pourrait s'attendre que la SNCF respecte ses engagements de ponctualité et ait plus d'attention pour ses clients, passagers des trains.
C'est loin d'être le cas. De nombreux disfonctionnements sont relevés : trains en panne ou supprimés, retards chroniques ...
« La région est à la traine question ponctualité par rapport au reste du pays. La SNCF le reconnait. » annonce Christophe Poullain, journaliste  de France 3 dans la vidéo.

C'est bien vrai. J'en ai fait la triste expérience mercredi dernier (23 avril) sur la ligne Granville-Paris.
J'ai pris le train "corail intercités" n° 3433 à Villedieu-les-Poëles à 15h39 à destination de Paris Montmarnasse-Vaugirard.
Arrivée 18h28, théorique.
Le train s'est arrêté à quai à 18h59, soit 31 minutes de retard!
A deux reprises le train a stoppé en pleine campagne sans qu'aucune explication ne soit donnée aux voyageurs sauf à ne pas descendre du train!
Peu de temps avant l'arrivée en gare Vaugirard le train a marqué un troisième arrêt.

A la descente du train, les voyageurs ont entendu par haut parleur les plates excuses de la SNCF pour le retard de ... 29 minutes en raison de problèmes matériels.
A l'écoute du message, nombreux sont ceux et celles qui marchant sur le quai ont réagi :
« Ce n'est pas 29 minutes de retard mais 31 ».
L'explication est toute simple. Au delà de 30 minutes de retard, la SNCF doit rembourser une partie du billet de train. Pas bon pour le business.

J'ai suivi un groupe de voyageurs mécontents jusqu'au point accueil SNCF en face du quai 17 de la gare Montparnasse 1, des personnes utilisant régulièrement la ligne Paris-Granville exaspérés des retards chroniques des trains et de la mauvaise foi de la SNCF.
C'est en discutant avec une voyageuse que j'ai pu illustrer ce billet d'une vidéo. Elle m'avait évoqué un reportage sur ce sujet sur France 3 Basse-Normandie. Je conserve depuis des mois les journaux de la TV  régionale. Quelques recherches sur le l'ordinateur et je trouvais l'illustration audio-visuelle de ce billet.

100_8368Au point accueil, les voyageurs ont réclamé le remboursement partiel du billet en raison du retard de plus de 30 minutes du train. N'ayant pas payé le ticket, mais mon employeur, je n'étais pas moralement fondé à demander un quelconque remboursement.
L'agent d'accueil, après renseignement,  informa le groupe que le train n'ayant que 29mn de retard, leur demande de remboursement n'était pas recevable.
S'ensuivent des discussions parfois houleuses à ne plus en finir.
Je demandais à l'agent d'accueil à quel moment la SNCF fixait l'heure d'arrivée d'un train. A l'arrêt à quai ou à son entrée en gare?
La deuxième option répondit l'agent.
Ainsi tout le monde avait raison. Les voyageurs retenant l'heure d'arrêt du train juste avant de descendre et la SNCF l'heure d'arrivée en gare (enfin selon l'agent, est-ce réellement exact?).
Logiquement, l'heure retenue devrait être celle de la mise à quai, juste avant l'ouverture des portes.
A priori non.
Si quelqu'un connaît la réglementation en la matière je serait content de l'apprendre et de la faire partager.
Je n'ai rien trouvé de complet sur le site internet de la SNCF.

Naturellement, les malheureux voyageurs n'ont rien obtenu sinon la possibilité de faire une réclamation après du service idoine : Service Relations clients SNCF 62973 Arras Cedex 9
Pour ma part je demandais une fiche de retard (cf. annexe)

Pour finir sur une note plus heureuse, le retour vers Villedieu-les-Poëles dimanche dernier s'est fait sans problème.
Comme quoi, il arrive parfois que les trains arrivent à l'heure.
Les voyageurs et clients de la SNCF aimeraient tant que l'exception devienne la règle.


Annexes :

1 - liens utiles

2 - mon billet de train et la fiche de retard

sncf_retard003sncf_retard002


















 






3 - la vidéo : France 3 Basse-Normandie mercredi 9 avril 2008, édition 19h00. 


trains Paris-Granville en retard, SNCF c'est possible!
envoyé par francois50300