Quel pourrait être le rapport entre le célèbre groupe de hard-rock australien AC-DC dont un extrait musical ouvre ce billet  et le thème du jour lié à la fée électricité et à l'un des moyens de transport, les lignes très haute tension (THT)?
Plusieurs.
Le premier. Le nom du groupe AC-DC, acronyme anglais (alternating current/direct current) qui signifie en français courant alternatif (AC) et courant continu (DC).
Le second lié au titre du morceau entendu "highway to hell", autoroute pour l'enfer. Les lignes THT, ce sont les autoroutes électriques dont la présence peut être ou devenir un enfer pour les riverains.
Le troisième? A vous de le trouver.

Les projets de lignes THT de 400.000 volts développés par RTE (Réseau de Transport d'Electricité) laissent peu de monde indifférent.
Habitants, élus locaux, associations, on le comprend, acceptent mal la proximité de ces lignes électriques, défigurant les paysages et dont l'impact des champs électromagnétiques sur la santé reste assez mal connu.

Des nombreuses lignes THT en projet en France, focalisons nous sur deux : les lignes THT Pyrénées-Orientales et Cotentin-Maine.
Qui ne sont pas sans rapport par leur actualité commune.
Effet papillon? Les récents évènements intervenus dans les Pyrénées pourraient avoir des incidences sur le projet régional.

Les projets.
La ligne THT Cotentin-Maine est liée à la centrale électro-nucléaire de troisième génération dite EPR en cours de construction à Flamanville (50).
L'EPR est construite pour répondre au besoin toujours croissant d'électricité, mais aussi pour anticiper le vieillissement des centrales nucléaires actuelles.
En 2012, l'EPR doit entrer en phase de production. La ligne 400.000 volts transportera l'énergie produite vers le sud ("région" Maine-Mayenne).
La ligne Cotentin-Maine présentera les caractéristiques suivantes : un tracé de 150 km, des pylônes de 45 à 65 m de haut plantés tous les 500 m environ. Le coût total du projet en aérien est estimé à environ 240 millions d'euros.

La ligne THT Pyrénées, elle, vise l'interconnection électrique entre la France et l'Espagne.
Elle permet à chaque producteur d'électricité selon les besoins de vendre ou d'acheter de l'énergie de part et d'autre de la frontière.
Le projet initial (en 1982) devait traverser les Pyrénées du coté Atlantique (pays Basque). Critiqué par les populations locales, le projet s'est déplacé au fur et à mesure vers la mer méditerranée (Pyrénées orientales). L'hostilité des catalans français et espagnols a figé le projet en 2003.

Sous pression de l'Europe inquiète d'une possible crise électrique espagnole, un médiateur coordinateur européen sur ce projet, Mario Monti a été désigné pour résoudre le contentieux de la ligne THT Pyrénées, notamment son enfouissement demandé par les catalans et refusé par RTE pour des motifs technique et financier.
Un cabinet d'études indépendant italien Centro Elettrotecnico Sperimentale Italiano (CESI) a été sollicité. Dans son rapport publié en avril, le cabinet CESI a indiqué qu'une technique à courant continu enfouie « bien que difficile à mettre en œuvre, peut être adoptée».   
Dans ce sens, le ministre de l'écologie Jean-Louis Borloo, fin avril, a proposé à son homologue espagnol de recommander conjointement l'option d'une ligne totalement enfouie entre Baixas (près de Perpignan) et Santa Llogaia (près de Figueras) afin de limiter au maximum les impacts sur l'environnement.
Un point noir, le coût de l'enfouissement qui pourrait être multiplié par sept et atteindre par conséquent 700 millions d'euros. Le ministre français a indiqué que l'État prendrait à sa charge le surcoût de l'enfouissement terrestre ou marin de la ligne en courant continu.

La solution de l'enfouissement de cette ligne, appuyée par le gouvernement, donne quelques espoirs du coté de la ligne Cotentin-Maine.
En effet s'il est possible de d'enterrer la ligne THT dans les Pyrénées-Orientales, pourquoi n'en serait-il pas de même de la ligne Cotentin-Maine?
Cette question, un député n'a pas attendu longtemps pour à se la poser.

favennec_d_put_Ce député n'est naturellement pas Guénhaël Huet, mais celui de la Mayenne Yannick Favennec.
Ce député UMP, qui courageusement a voté dernièrement contre la loi sur les OGM, semble avoir fait progresser le dossier de l'enfouissement, si l'on en juge à la lecture de son blog.

Début mai, Il a adressé un courrier Jean Louis Borloo à ce sujet.
Extraits.
« Votre déclaration et votre recommandation me redonnent de l’espoir quant à la mise en place d’une solution tout aussi exceptionnelle et respectueuse de l’environnement, même si elle est difficile à mettre en œuvre, permettant de préserver les sites, tout aussi remarquables, de la Mayenne, de l’Ille-et-Vilaine et de la Manche.
Je ne doute pas, monsieur le ministre, que vous aurez à cœur de ne pas adopter une attitude discriminatoire à l’encontre de certains territoires, dont le mien (…). L’enfouissement de la ligne THT issue de l’EPR de Flamanville permettrait de limiter au maximum les impacts sur l’environnement et sur les personnes.
De plus vous vous êtes engagé à prendre en charge le surcoût des travaux d’enfouissement, dans les Pyrénées ; sachez que sur nos territoires, la topographie est moins accidentée et, par conséquent, le surcoût occasionné par un enfouissement de la ligne Cotentin-Maine serait sûrement moins élevé. »

 

Le dimanche 18 mai, le député Favennec a été contacté par téléphone par le ministre de l'écologie.
Le blog du député mentionne que ministre s'est engagé à confirmer, par courrier, qu'il acceptait de mettre en place la même méthodologie pour la ligne THT qui traversera la Manche, la Mayenne et l'Ille-et-Vilaine, que celle qui a conduit à la récente décision d'enfouir la ligne à très haute tension entre la France et l'Espagne.
Le ministre a insisté sur le fait que notre territoire "serait traité de la même façon que celui des Pyrénées", qu'il n'y aurait "aucune discrimination". Pour cela, "le cabinet indépendant qui avait réalisé la première étude sur la faisabilité d'un enfouissement de la ligne Cotentin-Maine sera, prochainement, mandaté pour actualiser cette étude et y apporter des compléments d'information indispensables à une décision définitive et équilibrée".
Le ministre aurait précisé qu'avec "une ligne enfouie, il y avait moins de perte d'énergie électrique que par un transport aérien".
L'article conclue "Ce coup de fil, de vingt minutes, a résonné comme un immense espoir de voir émerger, sur ce dossier compliqué et très sensible, une solution plus respectueuse à la fois de l'environnement et des personnes".

Par ailleurs, l'actif député Favennec vient de créer une coordination rassemblant les parlementaires de la Manche, de l'Ille-et-Vilaine et de la Mayenne pour peser sur ce dossier. Cette coordination a demandé à être reçu par le ministre.

Au même moment dans la Manche, lundi 19 mai, un collectif de 17 élus dont les communes se trouvent sur le tracé de la ligne THT ont demandé à être reçu par le Préfet de la Manche pour lui remettre symboliquement un arrêté interdisant le passage de la ligne à moins de 500m des habitations et à 300m des bâtiments d'élevage au nom du principe de précaution.
Est-ce à dire que ces élus seraient favorables à la ligne THT dès lors qu'elle serait à plus de 500m?
Il semble bien à la lecture du compte-rendu d'Ouest-France le 20 mai : un élu déclare « Il ne s'agit pas d'interdir la THT (...). Nous ne ne pouvons pas faire comme s'il n'y avait pas de risque. Nous avons juste pris  des dispositions pour que les populations soient protégées, qu'il y ait pas d'habitations à moins de 500m de la ligne.»
Ces déclarations doivent être appréciées à sa juste valeur par RTE.

A mon avis il ne faut pas de faire trop d'illusion sur l'enfouissement total du tracé.
Alors même que la ligne serait techniquement réalisable et financée, il y aurait peu de chance pour qu'elle soit construite dans les trois ans : la ligne doit être raccordée THT à la centrale EPR fin 2011, un an avant l'entrée en production de la centrale EPR, sauf retard.
En effet, la pose d'une ligne électrique souterraine demande beaucoup plus de temps que la construction d'une ligne aérienne de même longueur. De lourds travaux doivent être entrepris (creusement de tranchées, construction de deux voies de chaque coté de la tranchée pour le passage des engins de dépose de câbles, dépôt de remblai spéciaux puis fermeture de la tranchée); travaux pouvant être ralentis ou stoppés en cas des conditions climatiques défavorables (pluie).
Pour mémoire RTE envisage la construction de la ligne aérienne en 18 mois (début 2e semestre 2010 - fin 2e semestre 2011).

Quant à l'enfouissement partiel du tracé, comme le demandent les habitants de la commune de Chevreville qui a fait l'actualité en mars dernier en boycottant les élections municipales et cantonales, cette solution n'est pas sans inconvénient.
Deux pylônes aéro-souterrains doivent être construites pour raccorder les câbles souterrains aux lignes aériennes. Hors le coût astrononomique d'un tel pylône (1 million d'euros, 6 fois plus cher qu'un pylône classique), il nécessite une emprise au sol importante : de 2000 à 3000 m2.

Le calendrier est l'élément déterminant de la question de l'enfouissement de la ligne Cotentin-Maine. Il est lié, nous l'avons vu, à l'ouverture de la centrale EPR en 2012.
Le rétroplanning du dossier laisse mal augurer un quelconque enfouissement.
De plus il serait incompréhensible que la centrale opérationnelle techniquement ne puisse pas produire de l'électricité faute de moyen de transport.
On peut compter sur EDF, société anonyme cotée en bourse et gestionnaire de l'installation électronucléaire, dont le coût avoisine la bagatelle de plus de 3 milliards d'euros, pour mettre la pression sur RTE et le gouvernement.

Les responsables de RTE ne doivent pas être trop inquiets de ces critiques et contestations publiques, somme toutes classiques pour eux.
Des élus reprochent le manque de concertation de RTE. Il ne faudrait pas trop gratter pour se rendre compte que certains de ces élus appliquent les mêmes méthodes, contestables et détestable, dans leur propre collectivité.
Alors les moralisateurs et les donneurs de leçons ...

Par ailleurs, il faut se rendre à l'évidence que le département de la Manche a tout accepté sans rien demander ou obtenir en contre-partie.
Quitte à me répéter une nouvelle fois. Le département a accueilli, bien gentiment et sans rien dire, depuis les années 1960 des installations publiques nucléaires particulièrement dangereuses : le centre de retraitement de la Hague, les deux centrales nucléaires de Flamanville, le centre de stockage de déchet  de Digulleville.
Qu'a-t-elle bénéficier en retour de la part de l'Etat? : rien, nothing, nichts, nada! Pas d'autoroutes, ni d'électrification du réseau ferrovière, aucune infrastructure permettant de désenclaver et d'industrialiser le territoire et de lutter, à l'époque, contre l'exode rural.
Il est vrai  que l'Etat a bien été aidé par la passivité de nos notables locaux.

Même si les élus du XXIe siècle sont plus dynamiques que ceux du siècle précédent, l'image du département de la Manche reste malheureusement entacher d'immobilisme et de renoncement.
De plus, on le voit bien, il n'existe pas au niveau des élus manchois de stratégie et d'objectifs communs à la différence des élus pyrénéens. En effet, certains de nos élus locaux ne sont pas hostiles à la THT dès lors qu'elle est éloignée des habitations, d'autres désirent son enfouissement partiel, ...
Du pain béni pour RTE ...


Une réunion publique sur la ligne THT Cotentin-Maine est organisée ce mercredi 28 mai à Saint Hilaire-du-Harcouët sous les auspices du député local Guénhaël Huet.
A ses coté sera présent un autre député, Christian Kert, originaire des Bouches-du-Rhone. Le parlementaire a rédigé en 2001 un rapport sur la question de l'enfouissement des lignes électriques.
La réunion se déroulera à la salle des fêtes, rue Waldeck Rousseau, vers 20h30.

Plus festif et plus radical, l'association "Branchés autrement" présente une soirée anti THT-EPR le samedi 7 juin prochain à la salle des fêtes du Grand-Celland.
Au programme : stand d'infos sur les risques liés à la THT et à l’EPR (sensibilisation, discussions) et  différentes animations : concerts (les Frères Fouques, ...), danses africaines, slam, DJs.
L'entrée est fixée à 1 €.
Un repas communautaire y sera organisé : chacun amène son repas et le partage (tables à disposition pour le repas, buvette).