« Nouveau système d'immatriculation des véhicules : le maire informe l'assemblée qu'il est sollicité par le député maire d'Avranches [Guénhaël Huet] afin de soumettre au conseil une proposition de délibération tendant à obtenir le maintien des numéros des départements sur les plaques d'immatriculation.
Le conseil de Chèvreville demande au gouvernement français et à l'Union Européenne de prendre toutes mesures pour que la mise en place des nouvelles plaques d'immatriculation rende obligatoire la mention pour l'instant facultative du numéro de département.
»
La Manche libre, édition "Avranches", du 2 août 2008, p26.

Le lobbying du parlementaire du sud-Manche au sujet du nouveau système d'immatriculation bat son plein et les retombées ne se font pas attendre.
Les conseils municipaux de la circonscription, les uns après les autres (en introduction l'exemple de la petite commune de Chevreville qui s'est fait une petite renommée en boycottant les élections municipales en mars dernier), adoptent en toute innocence la motion du parlementaire.
Il est vrai que ce vote ne mange pas de pain. Et puis on ne va pas déplaire au député, on ne sait jamais ...

On ne reviendra pas sur cette réforme déjà évoquée lors d'un précédent billet sur ce blog.
Par contre l'actualité récente sur ce sujet appelle quelques remarques.

Tout d'abord la motion adoptée dans les communes du sud-Manche. Il y a lieu d'être étonné de la référence à l'Union Européenne dans le texte.
En quoi l'Union Européenne est concernée par la réforme des plaques d'immatriculation puisqu'elle relève exclusivement de la compétence des Etats-membres.
Ne voudrait-on pas stigmatiser une nouvelle fois l'Europe sur des problèmes strictement nationaux que l'on ne s'y prendrait pas autrement. Procédé naturellement scandaleux. Mais qui fait ses preuves dans nos campagnes et ailleurs.
Attendons nous prochainement à apprendre que la fermeture du tribunal de grande d'instance à Avranches, la mise en place des franchises médicales, la dissolution des régiments militaires, .... c'est aussi d'la faute à l'Union Européenne !!!

Sur la forme. Le lobbying de certains parlementaires de tout bord politique (de droite comme de gauche) sur ce sujet est des plus actifs. Télévision, radio, presse, internet tout y passe. Sans compter les amicales pressions sur les collectivité locales.
Le message à faire passer est bien rôdé et les moyens efficaces. Il faut dire que le collectif de parlementaires rassemblé sous le vocable "jamais sans mon département" est bien aidé.
Une entreprise de communication pour ne pas dire de lobbying Com'publics s'est mise au service de nos élus nationaux. Fourniture des brochures et kits de communication, hébergement du site internet du collectif, son gérant Marc Teyssier d'Orfeuil va jusqu'à se substituer aux parlementaires devant les médias (cf. vidéo) pour vendre le produit.
Le quotidien le Monde daté du 1er août précise que cette prestation ne sera pas facturée au collectif. Action philanthropique de l'agence de "com'"? Faut pas rêver.
Elle espèrera en temps utiles des retours d'ascenseur (= retour sur investissement) des parlementaires sur des actions catégorielles défendues par ce lobbyiste.
Au risque que certains parlementaires, sensés représenter la nation et l'intérêt général, fassent primer des intérêts particuliers.

Sur le fond. La nouveau système d'immatriculation est justifié par l'impossibilité dans quelques années de délivrer de nouveaux numéros de plaque, le système devenant à terme saturé.
Ce constat est partagé par tous, même par le collectif des parlementaires.
Seulement ces derniers veulent adjoindre aux numéros à 8 caractères alphanumériques un numéro de département à deux chiffres qui est facultatif dans le projet.
Cette liberté de choix laissée aux propriétaires de véhicules à moteur d'ajouter ou non le numéro de département est compromise par des parlementaires majoritairement de droite et libéraux. Cherchez l'erreur.
Par ailleurs, la motivation du collectif est la suivante : le numéro des département sur les plaques constituent un facteur d'identité.
Le numéro de département étant lié au lieu de résidence, on peut s'interroger sur la notion d'identité.
Un Ch'ti habitant dans la Manche préfèrera-t-il apposer le numéro de département de lieu de résidence (50) ou celui de son département d'origine (59 ou 62)? Ou un morbihannais résidant à Paris : 56 ou 75? ...

On voit toutes les ambiguités de cette campagne qualifiée de "folklorique" par certains ou de "médiatique" par d'autres, voire même de démagogique et de populiste à vocation pré-électorale.

Quelque soit l'issue de cette mascarade, il y a de forte chance, malheureusement, que je n'appose pas le numéro du département de la Manche le jour où je changerai de véhicule.
Il n'y a vraiment pas lieu d'être fier d'y habiter (particulièrement dans le sud-Manche) au regard de l'activité de certains de ses élus.
Puisqu'a priori le numéro du département sera incontournable - adieu GRD (comprenne qui pourra) - je choisirai parmi l'ensemble des numéros des départements français, celui le plus évocateur.
Le 69.


Découvrez Serge Gainsbourg!



vidéo : source JT France 2 du 31 juillet 2008, édition de 20h00


touche pas à mon département, nom de Dieu!
envoyé par francois50300