L’Etat a engagé un programme de triplement en trois ans (2010-2012) du nombre de caméras de surveillance de la voie publique, en tablant sur l’efficacité de cette technologie pour prévenir les faits de délinquance et améliorer les capacités opérationnelles des forces de sécurité en matière d’interpellation, d’enquête et de maintien de l’ordre.

Ce programme nécessite un investissement qu’on peut estimer à 300 M€, subventionné, en moyenne, à hauteur de 40 % par l’Etat, au moyen du fonds interministériel de prévention de la délinquance (FIPD) doté de 30 M€ en 2010. Les collectivités territoriales financent 60 % de l’investissement et supportent les dépenses de fonctionnement, de l’ordre de 300 M€ par an.

En conséquence, il aurait été souhaitable, notamment du fait de l’importance des sommes en jeu, qu’une évaluation de l’ efficacité de la vidéosurveillance accompagne, sinon précède, la mise en oeuvre de ce plan de développement accéléré.

La France se caractérise par la quasi-absence d’enquête scientifique sur le sujet. Une seule étude a été menée par le ministère de l’intérieur essentiellement à partir des statistiques de la délinquance enregistrées à l’état 4001. Cependant, ses résultats contradictoires autant que sa méthode ne permettent pas d’en tirer des enseignements fiables.

Les études menées à l’étranger ne permettent pas globalement de conclure à l’efficacité de la vidéosurveillance de la voie publique. (1)

Ce qui précède est extrait du rapport de la Cour des comptes sur l'organisation et gestion des forces de sécurité publique publié en juillet 2011 dont une partie est consacrée à la vidéosurveillance.

avranches sous vidéo suveillanceLa vidéosurveillance est un sujet hautement d'actualité à Avranches depuis qu'en conseil municipal du lundi 26 septembre 2011 il a été acté le principe d'installer un tel équipement (cf. vidéo en fin de billet).
Au moins 12 caméras de vidéosurveillance ou de vidéoprotection - terme généralement usité par leurs promoteurs et plus acceptable socialement - devraient être déployés en centre-ville.

Ces caméras protégeraient plus qu'elles ne surveilleraient. Pourtant ce ne sera pas le cas à Avranches puisque les caméras se contenteront d'enregistrer les images. Elles ne préviendront donc pas d'éventuels délits contre les personnes et/ou les biens car les caméras ne seront pas supervisées 7 jours sur 7 24h/24 par des opérateurs.
Le terme de vidéosurveillance conviendrait donc plus en l'espèce, d'autant que c'est le terme employé par la juridiction financière dans son rapport précité.

Une question se pose. La ville a-t-elle réellement besoin d'un tel système  ?
Les avranchinais se sentent-ils vraiment en insécurité? On peut en douter.
Un début de réponse a été apporté en juin dernier lors d'un Conseil de Sécurité et de Prévention de la Délinquence (CLSPD).
A cette occasion, un officier de la gendarmerie déclarait «Avranches est une ville tranquille», «il y fait bon vivre» et précise qu' «entre 2009 et 2010, la délinquance générale a diminué de 6%». Même si en début d'année une série de délits (cambiolage, trafic de stupéfiant) a été constatée dans le sud Manche causée par une bande jeunes gens originaires de la région parisienne depuis arrêtés et incarcérés. Lire l'article de Ouest France du 3 juillet 2011 (disponible en pdf ici).



Avranches vidéo surveillance
Lors de cette CLSPD, il n'a pas été évoqué une quelconque installation de caméras de surveillance. Dans le cas contraire les journalistes présents n'auraient pas manqué de le mentionner dans la presse.

Ce n'est que fin septembre lors du conseil municipal qu'a été dévoilé le projet. Le secret a été bien gardé par les élus de la majorité. Les médias locaux ont eu connaissance du projet à la lecture de l'ordre du jour communiqué quelques jours avant le conseil et les avranchinais en consultant ce blog ou les compte-rendus parus dans la presse.
Pour justifier la vidéosurveillance à Avranches, les élus de la majorité avancent une forte augmentation de la délinquance ce premier semestre en comparant les périodes janvier-mai 2010 et janvier-mai 2011.
La délinquance générale serait passée de 263 en 2010 à 294 en 2011, la délinquance de proximité de 91 à 113, les violences faites aux personnes de 26 à 35, les vols de 171 à 167 et l'usage et trafic de stupéfiant de 9 à 4.
Habituellement toute comparaison est présentée sur une période au minimum de 12 mois, en année soit civile (janvier à décembre), soit glissante (exemple de juin 2010 à mai 2011), là en l'espèce la période retenue par les élus est de 5 mois (de janvier à mai) !!!
Cela tombe bien puisque de multiples délits sont survenus en ce début d'année (cf. infra).
Or il aurait été intéressant de comparer les chiffres de juin 2009 à mai 2010 et de juin 2010 à mai 2011 pour connaître la tendance. Il n'est pas certain que l'évolution de la délinquance soit si problématique comme on veut nous la présenter.

En l'espace de quelques mois (de juin à septembre), contredisant les paroles du militaire précité, Avranches ne serait plus perçue comme une ville tranquille pour nos élus; justifiant ainsi des caméras en centre-ville. 

Même si l'insécurité règne à Avranches, la vidéosurveillance est-elle la solution?
La Cour des comptes rapporte que la vidéosurveillance n'a pas démontré son «efficacité» sur la voie publique.
En l'absence d'évaluation en France, la juridiction fonde cette analyse sur des études réalisées à l'étranger (USA, Royaume-Uni, Australie). Si ces études ont, dans l’ensemble, conclu à l’absence d’impact statistiquement significatif de la vidéosurveillance sur l’évolution de la délinquance, certaines ont toutefois fait apparaître que les résultats sont plus encourageants dans des espaces clos (parkings) avec un nombre limité d’accès. D’autres ont montré que la vidéosurveillance peut être efficace pour repérer les délits violents (atteintes à la personne) mais inopérante pour prévenir la commission de ces délits (2).

Le système de vidéosurveillance prévu à Avranches ne répondra pas aux attentes (si elles existent) de sécurité des avranchinais puisque les caméras ne seront visionnées en temps réel, il ne permettera ni de répérer, ni de prévenir la commission des délits.
Financièrement il coûtera cher aux contribuables en investissement et en fonctionnement.
Le projet est évalué à 105.000 € HT pour 12 caméras. La moitié serait financé par un fonds interministériel de prévention de la délinquance, le restant à la charge de la ville.
La Cour des comptes, se basant sur l'étude «vidéosurveillance et espace publique» de Tanguy Le Gof, rapporte que le coût global moyen d'installation d'une caméra est estimé à 20.000€. (3)
A cela s'ajoutera des dépenses d'entretien et maintenance du système.

Ces dépenses d'investissement et de fonctionnement sont-elles vraiment nécessaires dans la conjoncure économique actuelle? La commune n'a-t-elle pas mieux à dépenser ou à économiser que dans la vidéosurveillance dont l'efficacité n'est pas démontrée.

Nul doute que cet équipement contribuera à l'atteinte de l'objectif de tripler le nombre de caméras en 3 ans par l'Etat.

Pour finir sur une note d'humour, les avranchinais seront ravis d'apprendre que la ville possèdera plus de caméras de surveillance sur la voie publique par habitant qu'à New-york ou Chicago.
No comment!

Avranches : 12 caméras / 8.179 habitants = 1 caméra pour 681 habitants
New-York : 500 / 25.933.312 = 1 caméra pour 51.867 habitant
Chicago : 200 / 2.853.114 = 1 caméra pour 14.267 habitant. (4)
[MAJ 18/11/2011]



renvoi :
(1) rapport de la Cour des comptes : page 150
(2) rapport de la Cour des comptes : page 145
(3) rapport de la Cour des comptes : page 142
(4) rapport de la Cour des comptes : page 127 pour le nombre de caméras et wikipédia pour la population

 


sites et liens internet utiles :


vidéos :

  • caméras de vidéo-surveillance en ville actés en conseil municipal du lundi 26 septembre 2011 à Avranches (50)

  • interview d'Alex Türk sur la vidéosurveillance et les compétences de la CNIL dans ce domaine (13/06/2011)