barrage de Vezins SéluneLe 21 février 2012, la ministre de l'écologie Nathalie Kosciusko-Morizet (gouvernement François Fillon) confirmait la décision du 13 novembre 2011 prise par la secrétaire d'Etat chargée de l'Ecologie Chantal Jouanno d'effacer les barrages sur la Sélune (Vezins et la Roche-qui-boit). 

La fin de la concession hydro-électrique des deux barrages devrait être confirmée les jours suivants.
Elle a été actée seulement 6 mois plus tard par un communiqué de presse du cabinet du Préfet de la Manche daté du 3 juillet 2012 : 
«La Ministre de l’Ecologie, du Développement Durable et de l’Energie a confirmé la décision prise en novembre 2009 de ne pas renouveler les titres d’exploitation hydroélectrique des barrages de Vezins et de la Roche-Qui-Boit.
Le préfet de la Manche a donc notifié ce jour à EDF la décision d’arrêt de l’exploitation de ces deux barrages. Afin de garantir la sûreté des ouvrages et la sécurité publique, EDF continuera à en assurer la gestion jusqu’à l’achèvement de la vidange des retenues.
Il est rappelé que conformément aux engagements pris par l’Etat, la vidange et l’effacement des barrages n’interviendront qu’une fois défini, en concertation notamment avec les élus concernés, le dispositif d’accompagnement prévu pour développer un nouveau projet de territoire pour la vallée de la Sélune.»

barrage Sélune _Roche qui Boit_Un retard lié aux campagnes des élections présidentielles et législatives et au lobbying des partisans du maintien des barrages emmenés par le député d'Avranches Guénhaël Huet.
Le député-sortant a fait du dossier des barrages son dossier prioritaire et du non renouvèlement de la concession hydroélectrique des barrages sur la Sélune un argument de campagne.
Tant que l'Etat n'a pas confirmé la décision de fin de concession il y a de l'espoir clame-t-il au cours différentes réunions publiques notamment celle du 26 mai 2012 organisée par l'association les amis du barrage en présence des candidats à la députation (lire ici).
Pourtant au cours de cette réunion, le candidat PRG-PS Gérard Sauré a déclaré que début mai un courrier du Préfet de la Manche signifiant la fin de concession des barrages aurait été déposé et récupéré le même jour à la Poste.Ce fait a été confirmé par la suite par plusieurs sources.
Interrogé,  Guénhaël Huet semble ne pas avoir été au courant de ce retournement préfectoral. On peut en douter. D'autant que cette information était connue des personnes concernées par ce dossier.
Si cette décision n'avait pas été retirée in-extremis (ou si son retrait avait été porté à la connaissance du public), elle aurait fait voler en éclat l'argumentaire du député-sortant sur le sujet et mis à mal un des éléments de sa campagne.

préfet Adolphe Colrat préfet Manche député Guénhaël HuetDans la Gazette de la Manche du 11 juillet 2012, le préfet Adolphe Colrat (en photo à droite avec le député Guénhaël Huet / source OF) rappelle que l'arasement des barrages fait suite à la Directive-cadre sur l'Eau, le Grenelle de l'Environnement et à l'arrêt de la Cour d'Appel Administrative de Nantes du 30 novembre 2010.
Ces textes et décision juridictionnelle imposent la libre-circulation des poissons migrateurs sur la Sélune mais aussi le rétablissement de la qualité de l'eau. En cas de non respect, l'Etat comme l'exploitant EDF pourraient être condamnés à des sanctions financières.

Une note intitulée «Vallée de la Sélune, le choix d'une reconquête», diffusée par le ministère de l'Ecologie, du Développement Durable, des Transports et du Logement et publiée en fin de billet, explique sous forme de questions réponses le pourquoi de la décision d'arraser les barrages.
11 points y sont développés :
  1. la décision n'a-t-elle pas été prise trop rapidement, au niveau national, et au détriment de la prise en compte de l'ensemble des enjeux?
  2. quel est l'intérêt pour le milieu naturel de démanteler les barrages de la Sélune?
  3. pourquoi travailler prioritairement sur le bassin de la Sélune?
  4. pourquoi n'est-il pas possible de rétablir la libre circulation piscicole sur la Sélune en conservant les barrages?
  5. pourquoi ne pas maintenir le barrage de la Roche-qui-Boit?
  6. dans le cas de la Sélune, doit-on opposer biodiversité et énergie renouvelable?
  7. comment est traité le risque de pollution lié à la présence de sédiments dans les retenues?
  8. les sédiments de la Sélune viendront-ils combler la Baie du Mont-Saint-Michel en contradiction avec l'opération de rétablissement de son caractère maritime?
  9. quelles mesures d'accompagnement seront mises en place?
  10. quelles mesures seront prises pour limiter les risques liés à l'eau potable?
  11. l'arasement des deux barrages risque-t-il d'aggraver le risque d'inondation en aval?

 
Cette décision du 3 juillet 2012 a suscité de nombreuses réactions de la part des élus (extraits de la Gazette de la Manche du 4 juillet 2012) :
  • le député réélu Guénhaël Huet : «le combat n'est pas perdu. Je fais deux constats : le premier, c'est que les technocrates de gauche ne valent pas mieux que ceux de la droite. Le deuxième, c'est la contradiction du discours électoral de la gauche sur le développement durable et qui confirme ce choix. Je vais organsier la mobilisation. Il est hors de question de désarmer sur ce dossier scandaleux, injuste et très coûteux».
  • le sénateur Philippe Bas : Je suis stupéfait de cette décision prise sans aucune concertation avec les élus. Le nouveau gouvernement vient de laisser passer une chance précieuse de réexaminer la décision en prenant en compte la nécessité de maintenir et de développer l'énergie hydroélectrique, de maintenir l'activité d'un site touristique et d'éviter des dépenses considérables liées à la destructions des ouvrages, l'évacuation des boues toxiques et à la mise en place d'un projet de réhabilitation des lieux et de création de nouveaux emplois».
  • le maire d'Isigny Erick Goupil : «Je ne suis toujours pas d'accord avec ces décision prises sans concertation. Si c'est ça le changement, ça ne fait pas augurer des jours meilleurs pour nous qui sommes sur le terrain. Se précipiter sur ce dossier maintenant que les élections sont passées sans autre explication et sans avoir de visu sur le projet de territoire, c'est se gargariser de mesure environnementales dont ils ne mesurent pas les conséquences ...»
  • Michel Thoury, maire de Saint-James et président de la CLE (Commission Locale de l'Eau) : «C'est la République. Un gouvernement de droite a pris la décision, confirmée par la gauche. Elu de le République, j'applique la loi. Mieux vaut maintenant que tous se mettent autours de la table pour prendre une bonne décision que de faire un mauvais procès».
 
Les élus opposés à l'arasement des barrages ont demandé à rencontrer prochainement la ministre de l'Ecologie Delphine Batho sur ce sujet.
A suivre.

note intitulée «Vallée de la Sélune, le choix d'une reconquête», diffusée par le ministère de l'Ecologie, du Développement Durable, des Transports et du Logement - juillet 2012 Vallée de la Sélune Le choix d’une reconquête
vidéo : l'Etat confirme le non renouvèlement de la concession hydroélectrique des barrages sur la Sélune source : F3BN mercredi 04 juillet 2012



François Groualle - avranches.infos
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