Lors de sa visite, le 4 décembre dernier, la ministre de l’Ecologie, du Développement durable et de l'Energie, Ségolène Royal avait demandé une nouvelle expertise sur la nécessité d’araser les deux barrages. Deux experts é

La ministre, sans déjuger la décision prise par ses prédécesseurs (suppression des barrages de Vezins et La Roche qui Boit annoncée par Chantal Jouanneau en novembre 2009), faisait part, le 4 décembre dernier à la Mazure, de sa demande de trois expertises complémentaires :
    •    sur le potentiel de production électrique par EDF
    •    l’option alternative de passe à poissons
    •    la qualité des eaux.

« Le contexte à changer depuis 2009, soulignait-elle alors. C’est un projet coûteux et aléatoire dans ses effets sur l’environnement. La ministre s’est montrée dubitative sur l’option d’arasement.
38 millions d’euros d’arasement plus 15 millions pour la renaturation, c’est très cher », avait-elle conclu, face aux élus et acteurs économico-touristiques.

Araser, peut-être pas. Une position qu’elle maintient et qu’elle signifie clairement dans un courrier daté du 15 janvier 2015 aux vice-présidents des conseils généraux de l’économie, de l’industrie, de l’énergie et des technologies et de l’environnement et du développement durable.
Elle leur écrit : « Les enjeux locaux, le coût de l’opération dans un contexte budgétaire contraint pour les agences de l’eau et la priorité donnée au déploiement des énergies renouvelables dans le cadre du projet de loi de transition énergétique pour la croissance verte incitent néanmoins à questionner de manière approfondie l’opportunité de cette opération ».

Deux points de plus à vérifier. La ministre missionne ces deux conseils généraux à une nouvelle expertise, en deux phases. Dans la première, elle ajoute aux trois premiers points d’analyses cités ci-dessus la gestion des sédiments (exigence de vidanger en cas de maintien des ouvrages, existence éventuelle de modalités moins coûteuses) et la sécurité des ouvrages (vérification des coûts de mise en conformité avec la réglementation en cas de maintien des barrages). Et, le cas échéant, proposer de nouvelles études.

Trois scénarios, dont le maintien. Les experts devront ensuite élaborer des scénarii au regard de ces analyses qui présenteront
    •    les rapports coût-efficacité
    •    leur faisabilité technique
    •    leur faisabilité économique
    •    leur faisabilité juridique

La ministre cite :
    1.    le scénario actuel d’arasement « avec si possible, réduction des coûts »
    2.    « le maintien des ouvrages avec possibilité d’augmenter la production hydroélectrique des ouvrages »
    3.    et le troisième « visant à l’optimisation maximale de la production hydroélectrique et de la prise en compte des enjeux environnementaux ».

Et Ségolène Royal de préciser. Pour les scénarios de maintien des ouvrages, la mission analysera la faisabilité d’une remise en concession de Vezins ou de l’ensemble du site, avec La Roche qui Boit ».
La ministre attend la copie de ces deux experts, qui s’appuieront sur les expertises réalisées par l’Onema et EDF et d’autres structures, avant le 30 mars, précisant encore que « l’avancement de ces travaux sera présenté aux acteurs locaux ».

Journées d’auditions. Mardi 17 février dernier, les experts ont reçu dans les locaux de la Direction départementale des territoires et de la mer d’Avranches, les différentes parties de ce projet. Les maires de Ducey, d’Isigny-le-Buat, de Poilley, Saint-Laurent-de-Terragatte, mais aussi responsables du Pays de la baie, des Amis du barrage. Michel Thoury, président du Sage de la Sélune, décédé accidentellement ce jour, devait être entendu en fin d’après-midi.

John Kaniowsky, le président des Amis du barrage, n’y est pas allé les mains vides. Une fois encore, il a remis un dossier de neuf pages aux experts reprenant un argumentaire détaillé quant à la production électrique, la qualité et les réserves d’eau, la circulation des poissons… « C’est la promesse de l’Etat qui ne pourrait pas être tenue et qui doit s’interdire de sacrifier l’argent du contribuable sur l’autel de l’intégrisme écologique. La raison voudrait que faute de moyens techniques et financiers suffisants, ainsi que de l’expérience et des compétences indispensables, l’Etat annule ou tout au moins reporte la mise en œuvre d’un projet inepte dont ni la fiabilité ni l’utilité ni l’urgence n’a été démontrée, conclut-il en aspirant à ce que cette expertise trouve « une solution raisonnable en préservant les intérêts environnementaux et énergétiques, sans obérer l’avenir d’une vallée et de ses habitants déjà très éprouvés par une situation économique particulièrement difficile ».
« Ségolène Royal tient jusque-là sa parole. J’espère qu’elle va rester suffisamment longtemps au ministère pour aller au bout de ce dossier. Ça ne me ressemble pas, mais j’irais bien mettre un cierge… », nous confiait-il avec l’humour dont il ne se départit pas.

Des auditions qui se sont poursuivies le mercredi. Christian Allain, le représentant de Manche Nature a été reçu à Saint-Lô avec la juriste de son association de défense de l’environnement. « Nous avons redit que ce dossier est toujours dans l’illégalité avec des condamnations prononcées, mais aussi qu’il est contre-productif de ne pas laisser la population faire le deuil de ces barrages. Il faut un langage vrai ».

source : Pascale Brassinne / la Gazette de la Manche / 25 février 2015
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