«Ecoute! Tu es le long, long serpent
Tortueux et vicieux
Tu siffles au fond d'un monde creux
Qui t'empêche d'oser
Prisonnier de ce trop vieux panier
Tes barreaux sont d'osier
Et tu peux t'en tirer
Doucement onduler
Ta prison est en toi
Le poison est en toi
Allez crache ton venin, crache ton venin
Crache ton venin crache ton venin»

Guénhael Huet député président EPCI Avranches Mont-Saint-Michel UMP les Républicains le bal des faux-culs barrages SéluneTous ou presque reconnaîtront le premier couplet de Crache ton venin, chanson du célèbre groupe de rock français Téléphone, publié le 2 avril 1979, il y plus de 35 ans, déjà.
Pourtant ce titre n'a pas pris une ride.
Pour preuve, la réaction fort peu politiquement correcte de Guénhaël Huet, député les Républicains (ex UMP) et président de la Communauté de Communes Avranches Mont-Saint-Michel (ci-après CCAMSM) (photo à droite) après le rejet par cette dernière le 4 juillet 2015 du projet de référendum»/consultation populaire sur l'avenir des barrages sur la Sélune défendu par le parlementaire (lire le billet en cliquant ici).

L'intéressé a publié un texte intitulé «le bal des faux-culs» sur son blog le 13 juillet dernier avant d'être communiqué à la presse locale (Ouest-France (édition 16-07-2015), la Gazette de la Manche et la Manche-Libre) dans lequel il règle ses comptes avec certains élus locaux opposés à son projet de référendum.
Après la lecture du texte, sans entrer sur le fond de l'affaire, il sera démontré que les attaques gratuites contre ces élus - jamais nommés - ne sont que contre-vérités, pour ne pas dire mensongères; preuves à l'appui.

Le texte de Guénhaël Huet (remanié et en intégralité)

«"Le bal des faux-culs"
Certains dossiers, comme certaines circonstances dans la vie, sont révélateurs des comportements et des manquements des uns et des autres.
Le dossier des barrages de la Sélune a suffisamment été discuté depuis presque 6 années pour que chacun ait eu le temps d'y réfléchir et de se forger une opinion.
Pourtant, force est de constater que depuis quelques mois et quelques semaines, d'étranges retournements se sont faits jour et qui ne sont pas à l'honneur de ceux qui en sont les auteurs.
Ainsi, de reniements en reniements, de compromis en compromissions, il nous est donné d'assister au lamentable spectacle des volte-face et des trahisons.
Que penser de l'attitude d'un maire qui cosigne avec 9 de ses conseillers municipaux un courrier favorable au référendum et qui, quelques jours après, a l'insigne lâcheté de demander un vote à bulletin secret ?
Que penser de l'attitude de ce même maire qui n'a de cesse ni de répit que de vanter la démocratie participative mais qui, dans le même temps, refuse aux citoyens le droit de s'exprimer ?
Que penser de l'attitude de cet autre maire qui indique ne pas vouloir prendre de position sur le référendum avant d'avoir consulté son conseil municipal et qui, au final, vote à l'inverse du mandat qui lui avait été donné par le même conseil ?
Que penser de l'attitude d'élus longtemps opposés à la suppression des barrages et qui, incapables de résister aux pressions, ont fini par rejoindre les rangs des technocrates irresponsables et des écologistes extrémistes ?
Que penser de l'attitude du grand défenseur des OGM qui tente de se refaire une virginité écologique sur le dos des barrages et des emplois qu'ils génèrent ?
Ces comportements interrogent et mettent gravement en cause la crédibilité de la parole publique.
Il n'est ni impossible, ni interdit d'avoir une ligne de conduite claire, de s'y tenir, de s'en expliquer et d'en assumer les conséquences.
Tout le monde -et surtout les citoyens- gagnerait à ce supplément d'honnêteté intellectuelle, de clarté et de détermination dans l'action publique

Ce texte tape fort quand même, on ne s'attend pas d'une telle violence de la part d'un élu de la représentation nationale.
Le député et président de la CCAMSM met en cause, sans les nommer, de nombreuses personnalités locales que certains lecteurs non au fait du dossier auront du mal à reconnaître.
Il suffirait de relire le billet et/ou visionner la vidéo de la séquence du 4 juillet sus-mentionnée pour mettre un nom sur certains d'entre-eux.

Ces attaques contre les élus sont d'autant plus méchantes qu'elles sont pour certaines dénuées de tout fondement.
Qui sont donc ces élus anonymement mis en cause dans certains paragraphes du texte?
Pour le savoir, reprenons ces paragraphes un par un.

Le premier.
Que penser de l'attitude d'un maire qui cosigne avec 9 de ses conseillers municipaux un courrier favorable au référendum et qui, quelques jours après, a l'insigne lâcheté de demander un vote à bulletin secret ?

Que penser de l'attitude de ce même maire qui n'a de cesse ni de répit que de vanter la démocratie participative mais qui, dans le même temps, refuse aux citoyens le droit de s'exprimer ?

David Nicolas maire AvranchesLa mention de 10 élus communautaires [sur un total de 82 (et 52 communes) composant la CCAMSM] ne peut concerner que la ville d'Avranches, chef-lieu de canton et l'élu visé son maire, David Nicolas (photo à droite). Pour la petite histoire, l'ancien emploi-jeune de la ville est l'homme qui a évincé son employeur Guénhaël Huet d'un troisième mandat aux dernières élections muncipales de mars 2014 (lire ici).

Le courrier dont fait allusion le député Huet a été récupéré auprès des services municipaux d'Avranches.
Pour lire son contenu cliquer ici (pdf).
Le texte des élus communautaires avranchinais, contrairement à la lecture faite par Guénhaël Huet, ne donne pas un blanc-seing à l'organisation d'un référendum sur la question des barrages.
Il y est favorable sous réserve de réponses apportées à certaines interrogations portant sur la faisabilité juridique, pratique et financière de cette consultation.
Dans ces conditions, sur les 60 courriers adressés par les maires qu'annonce avoir reçu le président de la CCAMSM Guénhaël Huet (lire ici), combien d'entre-eux sont favorables à 100% au scrutin, c'est-à-dire sans réserve ... ?

Par ailleurs quel est le lien entre le courrier en question et le vote à bulletin secret? et en quoi demander un vote à bulletin secret serait une preuve de lacheté? Bien au contraire, sur un dossier aussi sensible que celui des barrages, sans qu'il soit utile de développer, il semble nécessaire que les élus puissent s'exprimer librement, sans pression quelconque et sans risque de retorsion ultérieure ...
Le terme "lacheté" semble vraiement hors de propos sur cette séquence.

 

Erick Goupil maire Isigny-le-Buat vice-président CCAMSMDans le paragraphe suivant, plusieurs élus sont dans la ligne de mire de Guénhaël Huet. Sans être exhaustif : Erick Goupil, maire d'Isigny-le-Buat et vice-président de la CCAMSM en charge de l'urbanisme et du développement numérique (photo à droite), et au-delà du territoire de la CCAMSM : Gilbert Badiou maire, président de la Communauté de communes de Saint-Hilaire-du-Harcouët et président du Syndicat Mixte du Pays de la Baie du Mont-Saint-Michel, Jacky Bouvet maire de Saint-Martin-de-Landelles et conseiller départemental du canton de Saint-Hilaire-du-Harcouët, ...
Le texte accusateur :
Que penser de l'attitude d'élus longtemps opposés à la suppression des barrages et qui, incapables de résister aux pressions, ont fini par rejoindre les rangs des technocrates irresponsables et des écologistes extrémistes ?

En effet ces élus sus-mentionnés mal informés du dossier par l'Etat et/ou désinformés par Guénhaël Huet ont depuis 6 ans suivi la position jusqu'au-boutiste de ce dernier.
Depuis quelques temps, leurs positions ont évolué, ne s'opposant plus à l'arasement des barrages.
Le dossier avançant avec études et financements à l'appui (lire ici), la crainte que la vallée de la Sélune ne devienne une friche naturelle, les intéressés ont pris leur distance de leur "mentor", rejetant sur le sujet l'idée de toute consultation populaire. Lire ici (pdf).
On fera remarquer à Guénhaël Huet - pour reprendre un diction bien connu - «il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis». Pourquoi ces élus n'auraient-ils pas le droit d'évoluer dans leur réflexion s'ils pensent que cela va dans le sens de l'intérêt général du territoire?
Le député n'a-t-il pas au cours de sa carrière politique changé à de multiples reprises de fusil d'épaule? Bien sur, on citera par exemple son revirement à 180° sur la TVA sociale en 2012 (lire ici).

Le dernier paragraphe mettant un cause un élu est le suivant :
Que penser de l'attitude du grand défenseur des OGM qui tente de se refaire une virginité écologique sur le dos des barrages et des emplois qu'ils génèrent ?

Jean Bizet sénateur Manche UMP les RépublicainsL'attaque vise son collègue parlementaire les Républicains, le sénateur de la Manche Jean Bizet (photo à droite).
Longtemps discret sur le sujet, le parlementaire a fait publier une tribune dans la presse locale (cf. lire dans la Gazette de la Manche - 17-06-2015) où il donne trois raisons d'araser les barrages (sanitaire, écologique et économique), rappelle des risques de pénalités financières si les barrages sont maintenus, promeut la renaturation de la vallée de la Sélune et défend la base de loisirs de la Mazure à Isigny-le-Buat.
Une tribune qui visiblement n'a pas été apprécié par Guénhaël Huet.

Pour conclure, cette (sur)réaction n'est pas digne d'un homme politique et est suicidaire politiquement.
On attend des hommes publics un minimum de probité et d'exemplarité. Les contre-vérités à répétition du député Huet pour les besoins de son argumentation ne vont pas dans ce sens.
Naturellement cela est bien regrettable d'autant que cette séquence ne devrait pas reconcilier les citoyens de la politique considérant leurs acteurs comme «tous pourris».
Autre conséquence de ses mensonges est la perte de crédibilité du député et président de la CCAMSM. Toutes ses déclarations, actions, ... paraîtrons dorénavant suspectes ...
L'absence de respect de l'homme politique vis à vis de ses pairs est scandaleuse. Cette agressivité ne valorise pas son auteur.

Une question se pose. En s'attaquant à des personnalités influentes du sud Manche, comment le député Guénhaël Huet peut-il (sur)vivre politiquement sur le territoire?
Il ne faut pas être grand clerc pour penser qu'une grande majorité des élus du sud-Manche, après cette épisode, vont se détourner de lui.
Guénhaël Huet va se trouver bien isolé politiquement, soutenu encore par ses deux conseillers départementaux d'Avranches Catherine Brunaud-Rhyn, maire de Genêts, et Antoine Delaunay, son attaché parlementaire, Albert Bazire maire de Sourdeval ancien suppéant et Jean-Paul Launay, maire de Donville-les-Bains et actuel suppléant .

En conclusion de conclusion, on n'aura rarement vu un élu saborder de lui-même son plan de carrière.
En effet, la logique aurait voulu que le conservateur Guénhaël Huet déroule et finisse sa carrière politique «tranquille-pépère» comme député et maire d'Avranches dans le sud Manche, fief traditionnel de droite.
Par sa propre turpitude, maladresse, ... il n'a pas été reconduit à la tête de la ville d'Avranches (une des seules perdues par la droite en mars 2014, ceci-dit au passage) et sa ré-élection aux prochaines législatives, s'il se représente, pourrait être compromise car on ne s'attend pas à ce que les faux-culs le soutiennent dans cette campagne électorale.
Faisant dire que n'importe qui, même un âne, pourrait l'emporter sur la 2ème circonscription de la Manche face au député sortant ... Quand même!

En attendant, il est à espérer que le territoire du sud Manche en général et la Communauté de communes Avranches Mont-Saint-Michel en particulier ne pâtiront pas de ces tensions entre nos hommes politiques.


«Ta prison est en toi

Le poison est en toi
Allez crache ton venin, crache ton venin
Crache ton venin crache ton venin»

 


PS. Aucun élu cité n'a été contacté pour le besoin de l'écriture de ce post.


vidéo : Téléphone - crache ton venin - live au Palais des Sports / Paris - 1979


François Groualle - avranches infos
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