20 avril 2008
la librairie avranchinaise "Millepages" tourne la page
A Avranches et dans bien d'autres villes, le commerce va et vient.
Une tendance est constatée. On trouve dans les centre-villes de plus en plus de banques et compagnies d'assurances, des opérateurs de téléphonie mobile, des enseignes franchisées de vêtements ou de produits de beauté.
Les mêmes d'une ville à une autre.
Dans quelques années on ne saura même plus dans quelle ville on se trouve tant les rues commerciales sont identiques.
A l'exemple du Royaume-Uni où l'on a l'impression de voire les mêmes zones commerçantes dans chaque ville traversée ou visitée.
Le commerce traditionnel où le commerçant est son employeur et le fondateur a du plomb dans l'aile.
Et certaines activités menacées.
A Avranches, ville hautement culturelle s'il en faut avec son musée des Manuscrits, voit ses commerces à caractère culturel disparaître.
Ainsi après le disquaire "Arts et Musique", place St Aubert il y a quelques mois, c'est au tour de la "librairie Millepages" sise au 41 rue de la Constitution de baisser le rideau.
Une fermeture définitive programmée ce vendredi 26 avril.
Une page qui se tourne.
« La librairie existait depuis la guerre [la deuxième] » croit se souvenir Mme Denis, l'actuelle gérante de la librairie depuis le décès de M. Simiand, fondateur de la SARL "Millepages" en 1992.
A quelques jours de la fin, les rayons sont encore bien achalandées.
Même si certains espaces notamment notamment celui consacré à la jeunesse sont fermés. Naturellement plus aucune commande n'est faite depuis longtemps.
Le fonds de commerce a été racheté et c'est une franchise, une de plus, de vêtement pour homme "Jules" qui va remplacer la vénérable librairie.
La gérante et seule employée m'explique samedi dernier les raisons de la fermeture de la librairie avranchoise.
Elles sont multiples et de divers ordres. Privé et commerciaux.
Tout d'abord et sans entrer dans les détails, il existe un problème de succession suite au décès de M. Simiand.
Ensuite la chiffre d'affaire de la librairie baisse ainsi que ses bénéfices. « les personnes achètent moins de livres ou attendent qu'ils sortent en "poche" car ils sont moins chers" précise-t-elle. Elle confirme ce que l'on entend dans les médias et que l'on constate au quotidien : « Le pouvoir d'achat baisse », « les gens sont fauchés ».
Autre explication : les achats sur internet et la concurrence des grandes surfaces qui réduisent aussi les ventes.
Autre facteur de la baisse du CA et des marges : le coût du transport. « Enorme! ».
Sur un chiffre d'affaire d'environ 540.000€ en 2007, le transport représente 19.000€. Et il ne cesse de croîte en raison de la hausse constante du prix du pétrole.
Mme Denis a calculé que le coût de transport d'un kilo de livre équivalait à un euro. Facile à se rappeler.
« Toutes ces raisons font qu'il n'est pas possible de continuer l'activité. »
Pourtant la librairie était connue. Elle rayonnait sur 40km à la ronde. Tout le sud-Manche. De Mortain à Pontorson, en passant par Villedieu.
Elle était réputée par la richesse de son fonds et le professionnalisme et la compétence de ses employés, licenciés depuis.
Mme Denis s'inquiète déjà pour la rentrée scolaire 2008-2009. La librairie drainait environ 60% des commandes. « Je me demande comment vont faire les collègues ».
A Avranches, il ne reste que la "librairie des Trois Rois" et "la Maison de la Presse". « Pourront-ils gérer cette surcharge de travail? » Elle en doute.
Elle espère qu'une des anciennes employées arrivera à recréer une librairie en centre-ville.
« C'est un véritable parcours de combattant. (...) Les pas de portes et les loyers sont prohibitifs.
De plus il faut constituer un stock de livres; ce qui nécessite de la trésorerie.»
Mme Denis m'informe que le fonds du "Millepage" représentait la somme coquette de 180.000€.
Une somme versée aux éditeurs avant que les ouvrages récents ou "offices" ne soient vendues ou retournées en cas de mévente. « C'est de l'argent immobilisée qu'il faut parfois emprûnter. » Elle pointe du doigt les banques, pourtant partout en ville, qu'elle estime ne pas faciliter les créations d'entreprises sauf à hypothéquer ses biens personnels ...
Mme Denis conclue l'entretien : « Si j'ai un voeu à faire, c'est que dans la cité du Manuscrit une nouvelle librairie s'installe. »
Souhaitons pour elle et pour nous, habitants de l'avranchin, que ce voeu se réalise ...
NB. La papeterie "Millepages" située à l'angle des rues St Gervais et Valhubert reste toujours ouverte, mais pour combien de temps encore ????
19 mars 2008
le disquaire indépendant Rennes Musique baisse définitivement le rideau
S'il y a une rue qui était incontournable à chaque fois que je me rendais à Rennes, c'est la rue du Maréchal Joffre. Au numéro 19, précisément.
A cette adresse se trouve l'un des plus grands disquaires indépendants de l'ouest, Rennes Musique.
Pour peu de temps encore.
Ce magasin va fermer définitivement après 31 années d'existence, le 5 avril prochain.
La crise du disque que vit actuellement ce secteur n'est pas étrangère à cette fermeture, mais elle n'est pas l'unique cause.
Le responsable du magasin, M. Kerhousse, m'explique que si en 5 ans la vente des CDs et autres supports a chuté globalement de 50% à cause des nouvelles technologies et nouveaux modes de consommation de la culture (téléchargement légal et illégal), le magasin rennais a plutôt bien résisté à la tempête.
Le gérant montre du doigt la politique commerciale peu cohérente des majors du disque (Universal, BMG-Sony, EMI, Warner) en grande partie responsables de ce marasme et de la disparition progressive des disquaire indépendants.
Il cite un exemple. Le prix fluctuant des CDs. Il n'est pas rare qu'un même produit change de prix plusieurs fois par an, «parfois 6 fois par an». Ce yo-yo tarifaire est dévastateur au niveau des trésoreries.
Imaginez que vous êtes
disquaire, vous achetez un certains nombre de CDs d'un même artiste à 15€ pièce à une maison de disque qui seront revendus au client 20€ (5€ de marge) l'unité.
3 mois plus tard la major company baisse le produit de 15 à 8€. Le disquaire qui dispose encore d'un stock de CDs achetés à 15€, prend de plein fouet la différence et donc de la perte.
Je ne parle pas de la comptabilité, la gestion des stocks, les changements d'étiquettes de prix. Ingérable.
Les disquaires, indépendants ou non, sont nécessaires aux majors pour commercialiser leurs produits. Or ces compagnies de disques les plombent. Chercher l'erreur.
Rennes Musique est le lieu incontournable pour tout les aficionados des musiques actuelles de l'agglomération et au delà : des centaines de milliers de références en électronique, pop-rock, reggae-dub, jazz, ... , de nombreux DVDs musicaux, des salariés compétents et disponibles, une platine pour les DJs, un espace pour les fanzines, un point de vente billeterie pour les concerts et festivals.
Je me souviens que la première fois que je suis allé à Rennes musique, c'était en 1995 ou 1996 pour déposer une billeterie d'un festival dont je m'occupais à cette époque : le festival Chauffer dans la Noirceur à Montmartin sur mer.
Je me demande où je vais acheter mes CDs quand Rennes Musique aura baissé le rideau.
Pas à la FNAC où le rayon musique se réduit comme peau de chagrin (au profit des jeux vidéos) et/ou consacré aux artistes de la Star'ac et autres mièvreries. Reste le Virgin qui dispose encore de nombreuses références. Jusqu'à quand?
De très nombreuses personnes vont s'étonner dans les semaines et mois à venir de ne plus retrouver le magasin de disques au 19 rue du Maréchal Joffre. Et pour cause.
Un hôtel jouxtant actuellement le magasin occupera prochainement l'espace laissé libre.
«C'est toujours mieux qu'une banque ou une compagnie d'assurance!» se console M. Kerhousse.
mon dernier achat à Rennes Musique aura été le dernier (!) CD d'un groupe électronique britannique basé à Sheffield Autechre, CD sorti sous le célèbre label WARP.
A conseiller pour ceux qui aiment la musique électronique expérimentale et abstraite ...







