Lors de sa venue en décembre 2014, la ministre de l'Ecologie, du Développement durable et de l'Energie Ségolène Royal avait gelé le processus d'arasement des deux barrages du Sud Manche [Vezins et la Roche-qui-Boit].
Elle avait sollicité des experts pour un rapport complémentaire.
François Cholley, ingénieur général des mines, Thérèse Perrin et Eric Vindimian, ingénieurs généraux des ponts, des eaux et des forêts ont rencontré élus et acteurs de ce dossier au cours des derniers mois.
Ils livrent leur analyse dans un dossier de quelques deux cents pages, rapport consultable en fin de billet.

«Aucun des scénarios étudiés ne permet d'atteindre un compromis entre la poursuite de la prodiction hydro-électrique, et la restauration du bon état écologique et des populations de grands migrateurs de la baie du Mont-Saint-Michel
Les experts soulignent «Il ressort de ces investigations que le démantèlement des ouvrages revêt une importantce majeure pour l'atteinte du bon état des eaux et la restauration de la continuité écologique et de l'habitat des poissons migrateurs. Ces enjeux et les dispositions réglementaires qui leur sont associées ne peuvent pas être satisfaits avec le maintien des ouvrages

Concernant la production hydroélectrlique, ils notent que «la rentabilité n'est aujourd'hui pas assurée. Ce constat serait encore aggravé si certaines mesures compensatoires et divers objectifs suggérés localement comme celui de protection contre les inondations devaient y être associés
En cas de maintien des ouvrages, les ingénieurs relèvent que «l'Etat devra assumer la responsabilité et le financement des actions à mener au titre de la sûreté des ouvrages
Depuis la dernière inspection de 2003, des défauts d'étanchéité ont été mis en évidence, «une nouvelle inspection est indispensable à court terme, et nécessitera une vidange de l'ouvrage. Des travaux seront nécessaires pour assurer l'étanchéité et il ne peut être exclu que des travaux plus importants soient également à envisager pour maintenir la sureté des barrages
Au terme de l'analyse des 3 scénarii envisagés, ils concluent que «la principale question est celle de savoir si un compromis est possible ou s'il s'agit d'une question de choix entre deux options incompatibles [...] La question est posée en termes de choix stratégique. Il importe d'apprécier les enjeux liés à l'une et à l'autre question et seuls permettront au décideur de choisir lequel privilégier

La réponse sera donnée par le politique. Nul n'en doutait. Les deux précédents ministres ont déjà signé l'arasement des barrages.
Ségolène Royal suivra-t-elle cette voie?
Le député Guénhaël Huet est optimiste, convaincu que la ministre est contre ce choix. «On a progressé», indiquait-il mardi 28 avril. «C'est la première fois qu'une analyse ne conclut ni à l'arasement, ni au maintien, et ne prend en compte les avantages et inconvénients des deux solutions.»
La semaine prochaine, il annonce une nouvelle entrevue avec la ministre pour tenter de la convaincre que le maintien des barrages présente plus d'avantages que d'inconvénients. Il assure également avoir contacté deux-trois entreprises, prêtes à reprendre l'exploitation, dont la gestion est toujours confiée à EDF. «C'est la raison qui l'a emporté» assure-t-il, en invitant tout un chacun à rester mobilisé.» 

source : Pascal Brassinne / la Gazette de la Manche / édition mercredi 29 avril 2015


rapport d'expertise du projet d'effacement des ouvrages de Vezins et La Roche-qui-Boit sur la Sélune - mars 2015